Blog

Choisir le bon chemin - ChallengeU

« les jeunes qui viennent de milieux défavorisés ou qui vivent dans un contexte socioculturel compliqué risquent davantage de décrocher »

C’est un fait, les statistiques le prouvent. Mais en écoutant ce genre de discours, j’ai l’impression que ces jeunes partent perdants avant même de commencer dans la vie. Aujourd’hui, j’ai envie de redonner le goût à ces jeunes en leur disant d’oublier ces mauvaises étiquettes placées sur leur front. Je pars du principe que tout est possible quand on se donne les moyens. La personnalité et la force de caractère sont les maîtres mots.

Tu te dis : « Mais qui est-elle pour donner des conseils “bateaux”? »
Pour tout te dire, j’ai fait partie de « ces jeunes de milieux défavorisés ».

Je suis née en Europe dans un quartier pauvre. N’ayant pas été très informée sur la contraception, ma mère est tombée enceinte à l’âge de 15 ans et demi. Elle a fait beaucoup jaser dans son quartier pour trois raisons : son âge, le fait qu’elle soit avec un jeune homme plus âgé et le fait que cet homme soit de couleur noire (on est en 1978).

Élever un enfant, quand on est une ado, ce n’est pas facile surtout quand ton chum n’est pas accepté par la famille. Donc, pour faciliter la situation, tu te cherches un studio pour ta petite famille et vivre ta vie tranquillement. Mais les choses ne se passent jamais comme tu le souhaites… Béatrice a rapidement arrêté l’école. Son chum, devenu alcoolique et de plus en plus possessif, la maltraite. Béatrice donne naissance à un deuxième garçon et,par la suite, à une fille (moi).

J’arrive donc dans ce monde avec deux frères aînés, une mère qui se fait battre et un père alcoolique violent qui n’aime pas qu’on lui dise non. Quand j’ai eu cinq ans, mon père s’est fait la promesse d’arrêter l’alcool et il a réussi, mais il nous faisait toujours aussi peur.

Le début de ma scolarité a été très difficile, j’ai attrapé plein de virus (varicelle, rougeole, scarlatine…), ce qui m’a fait perdre une année, car je n’avais pas tous les préalables pour aller au niveau supérieur. Tout cela n’aide pas, sachant que j’avais déjà sur le front cette étiquette de « future décrocheuse ». En recommençant ma 2e année de primaire, j’ai eu comme un déclic et me suis dit que l’école, c’était important. Je pense aussi que le documentaire sur les enfants qui marchent huit heures pour se rendre à l’école en Afrique m’avait bien fait réfléchir. J’ai donc commencé à faire plus que ce que demandait l’enseignant, plus d’exercices, etc. Mais plus j’avançais dans mon parcours scolaire, moins ma mère pouvait m’aider, et mon père ne pouvait pas m’aider non plus, car il ne savait ni lire ni écrire. Je suis devenue de plus en plus frustrée, et le fait que ma mère ne prenne pas ma scolarité au sérieux m’exaspérait. J’ai donc commencé à me demander si cela servait à quelque chose d’être studieuse. Mais mes bonnes notes à l’école m’ont motivée.

J’ai commencé à emprunter des livres à la bibliothèque que je lisais à la maison et, croyez-moi, c’était compliqué de pouvoir lire dans le calme : mes deux frères qui se battent devant la Nintendo, ma mère et mon père qui se disputent à côté, imaginez cinq personnes vivant dans 375 pieds carrés. Mais je n’ai pas lâché!

Quand j’ai fait mon entrée au secondaire, mon père est reparti vivre dans son pays. Cela a été une énorme libération psychologique pour moi et une liberté délinquante pour mes frères. Ma mère devait jongler entre ses jobs et la station de police pour aller les récupérer.

La fin de mon secondaire a été très difficile. Je devais alterner entre ma job de caissière le soir, les cours le jour et le tapage nocture de mon frère devenu alcoolique et drogué. Je devais donc trouver des astuces pour pouvoir étudier : bouchons d’oreilles, me réveiller hyper tôt comme à quatre heures du matin quand il part se coucher pour être au calme et étudier tranquillement. Je n’ai pas lâché!

À mon arrivée au cégep, ma mère avait sa crise de la quarantaine. Elle a commencé à fréquenter les clubs. Elle s’est fait un nouveau chum, s’est calmée un peu, est tombée enceinte, puis est arrivé mon petit frère. Elle a quitté son chum, puis est retournée dans les clubs pendant que je m’occupais souvent du petit dernier. Je n’ai pas lâché!

 

Je prends conscience petit à petit que, si je souhaite vraiment réussir ma vie, je dois vivre loin de ce quartier et de ma famille. Alors mon goût pour le voyage se fait sentir et j’obtiens une bourse pour réaliser un stage de trois mois à Montréal. Après ce séjour montréalais, je retourne en Europe pour continuer mes études en marketing à l’université. J’arrive à obtenir un appartement à loyer modique sur le campus. Mais je n’ai pas eu la chance d’obtenir un appartement pour ma dernière année. Retourner vivre chez ma mère était un supplice pour moi, alors j’ai pris une année de congé pour voyager et travailler. J’ai passé six mois en Australie et suis retournée finir ma dernière année d’études pour obtenir ma maîtrise.  

Ma ténacité dans mes études malgré mon contexte « socioculturel » et le fait de toujours avoir des jobs en parallèle m’ont forgé une expérience. J’ai donc pu occuper des emplois très intéressants en marketing : consultante, chef de projets…

Pour me sentir comblée, j’ai pris la décision de quitter mon pays et de venir m’installer à Montréal, ma ville de cœur, où je me sens bien. Je suis donc venue avec un PVT (programme visa travail)  et j’ai recommencé à zéro : vendeuse dans un magasin, hôtesse à des événements, puis rapidement coordonnatrice du marketing, ensuite directrice du marketing. Cela fait quatre ans que je suis arrivée. Je travaille toujours autant d’heures dans la semaine, mais mon salaire a été multiplié par cinq!

Ce récit n’avait pas pour but de te raconter ma réussite, mais de te dire que toi aussi, avec du courage, tu peux réussir. J’aime la phrase qu’utilise ChallengeU : « Ta réussite n’a pas de limite »… Oui, c’est vrai, j’y crois, tu devrais y croire aussi!

 

No Comments

Post a Comment